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Economie

Le Sénégal dans le marché du Gaz Naturel Liquéfié : Perspectives et recommandations

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Une contribution du Groupe Oil and Gas des professionnels de la diaspora sénégalaise (GPSOG).

La COP26 a jeté les bases de la nouvelle configuration de l’économie mondiale en contraignant cette dernière à limiter drastiquement les émissions de dioxyde de carbone dans le moyen terme, voire les éliminer pour l’atteinte d’une économie décarbonée à l’horizon 2050.

Dans notre première contribution (www.gposg.net), nous avions mis en évidence comment le gaz naturel liquéfié (GNL) pourrait être une solution pour accompagner cette transition. La progression de sa production et de sa consommation sont des indicateurs factuels de l’intérêt qu’il suscite surtout dans les pays asiatiques où 70% de la production mondiale est absorbée par la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Dans la deuxième contribution, nous avons présenté une analyse prospective du marché mondial du gaz. Elle a mis un focus sur la place de l’Afrique dans la configuration du marché actuel et futur. Cette contribution a aussi mis en relief l’intérêt environnemental d’utiliser le GNL dans les tous les secteurs de la production énergétique.

Le GNL est considéré comme une bonne commodité pour accompagner cette transition énergétique en attendant la maturation des technologies de décarbonation et de production de masse, de stockage et de transport d’énergies dites vertes comme l’hydrogène par exemple qui doivent encore démontrer leurs applications industrielles de masse à des coûts acceptables.

L’intérêt soudain et grandissant autour du GNL a réveillé l’ambition de certains pays producteurs à devenir des acteurs majeurs dans le secteur en augmentant massivement leur production. On pourrait donc craindre sur le long terme, une surabondance de GNL avec comme conséquence la baisse des prix et une concurrence très ardue. Sur le court terme, la forte demande de GNL surtout du marché asiatique, a contribué à l’envolée des cours actuels. Cela s’explique par la forte reprise économique dans un contexte « Post Covid » qui n’est pas une situation « normale » avec une offre de GNL insuffisante pour alimenter le marché. Nous assistons donc à des changements continus du marché énergétique pouvant être une cause d’incertitude pour les investisseurs mais également pour les Etats.

 Ces derniers sont contraints à faire preuve d’agilité pour évoluer dans cette dynamique du marché. Ces évolutions viennent remettre en question les stratégies jusqu’ici développées par les majors du secteur, mais également la redéfinition des routes maritimes du GNL. Les projets gaziers du Sénégal, en l’occurrence GTA Phase 2, Yakaar et Teranga devront évoluer dans ce contexte très complexe et très dynamique.

La connaissance des prévisions de l’offre et de la demande en Gas naturel et GNL du Sénégal, de la sous-région et des marchés occidentaux les plus proches permettrait une meilleure orientation de la stratégie. Sur la côte ouest africaine, nos voisins tels que le Nigeria, le Cameroun et la Guinée équatoriale, sont en train de se donner les moyens de devenir des acteurs majeurs dans le GNL. A titre d’exemple, le Nigéria qui produit aujourd’hui environ 22 MTAP (Millions de Tonnes par An) de GNL a l’ambition d’augmenter massivement sa production en la faisant passer à 30 MTPA, soit plus que la capacité de production actuelle du projet russe Arctic LNG et représentant 10% de la production mondiale de GNL en 2019. Ils deviennent de facto des concurrents très sérieux pour les projets GNL du Sénégal exclusivement dédiés à l’export. Dans ce contexte, le Sénégal gagnerait à bien élaborer sa stratégie gaz en questionnant les modèles économiques actuellement pratiqués et en innovant afin de mieux valoriser son gaz pour le commercialiser à un prix beaucoup plus intéressant qu’un prix de vente à l’exportation pure qui sera soumis au diktat du marché.

La question du Leadership dans le secteur gazier

Les découvertes de gaz naturel aux larges des côtes sénégalaises sont une excellente nouvelle pour le pays et doivent être une opportunité pour changer fondamentalement certains secteurs de l’économie nationale à savoir l’éducation, la santé et l’agriculture. Pour ce faire, la question du Leadership dans ce secteur, du fait de ses enjeux, se pose. Il est fondamental que ce Leadership soit affirmé lors des phases de négociation des contrats par une proactivité de nos sociétés nationales parties prenantes des projets.

Il faudra absolument éviter, pour les prochaines décisions d’investissement (FID), de laisser les opérateurs dérouler librement leurs plans de développement sur nos champs gaziers sans prendre en considération les intérêts stratégiques du Sénégal. Le Sénégal doit se doter d’une nouvelle vision et d’une forte stratégie. Ces dernières doivent impérativement être prises en compte dans les plans de développement. Pour ce faire, il est essentiel que l’Etat et les sociétés nationales se dotent d’une expertise locale capable de défendre les intérêts du Sénégal dans le cadre des négociations.

Les fonds souverains nationaux ont totalement leur rôle à jouer dans ce contexte très difficile où les Etats et sociétés nationales ont du mal à lever des fonds pour des projets d’exploitation d’énergies fossiles. Le gaz étant une énergie fossile moins émettrice de CO2 que le charbon et le pétrole, le Sénégal, par le moyen de ses fonds souverains pourrait accéder aux financements en démontrant qu’avec les technologies de capture et de stockage de CO2, il est possible d’arriver à une neutralité carbone sachant qu’aujourd’hui notre bilan à ce niveau est très bas.

 Ce paramètre doit absolument intégrer les modèles économiques qui doivent être mis en place pour avoir accès au financement. Ces recommandations doivent découler d’un Gas Master Plan qui s’appuie sur une stratégie nationale énergétique. En réalité, le Sénégal ne devrait pas miser sur une rente de GNL exclusivement destinée à l’export sans intégrer le downstream (aval) et plus globalement les autres secteurs de l’économie nationale.

Une stratégie nationale de développement économique et industriel autour du GNL et des énergies nouvelles

Le marché intérieur et sous régional pourrait être une solution. La situation est donc propice à la mise en place de réflexions profondes sur un Gas Master Plan et donc de mieux planifier les développements de futurs projets gaziers afin que ce Plan soit une réussite. Une bonne stratégie downstream (aval) est gage de réussite des projets Upstream (amont ou offshore) car étant une donnée d’entrée majeure sur la stratégie de développement et de mise en valeur de ces derniers.

Pour ce faire, il est important de fédérer des acteurs industriels, environnementaux et énergétiques afin de mettre en place un cadre réglementaire. Ce cadre devrait promouvoir l’utilisation du GNL comme carburants en mer, sur terre et bientôt dans le transport aérien qui est en train de subir une profonde mutation écologique et environnementale. En plus, le GNL peut être utilisé dans le développement industriel (agro- alimentaire, minier, pharmaceutique, sanitaire, chimique, cosmétique, etc.), dans la production d’électricité avec le Gas to Power et du Smart Grid Gas pour accroitre le processus d’accès à l’énergie sur tout le territoire national.

Le Sénégal pourrait devenir un hub régional de GNL et faciliter le développement du marché sous régional soit par la vente de GNL aux pays côtiers frontaliers, soit dans une stratégie d’interconnexion de pipelines pour la vente de gaz naturel à ces mêmes pays frontaliers.

Le « Gas To Power » doit être la solution pour régler le problème d’électrification du pays et le catalyseur du secteur industriel. La création récemment d’une centrale de 300 MW devant fonctionner au gaz est une bonne décision et ce type d’initiative doit être encouragé et multiplié, tout en veillant au renforcement de la transparence dans l’attribution des autorisations d’opérer. Le projet de mise en place d’une société nationale pour le développement et la gestion d’un réseau gazier au Sénégal est également une initiative à renforcer et surtout à concrétiser. Sa réalisation permettrait de franchir une étape clef dans la résolution de la problématique d’accès à l’énergie et de notre souveraineté énergétique.

Dans le cadre de la mobilité, il serait intéressant d’envisager un plan pour l’utilisation du GNL pour accompagner la suite des projets tels que le BRT et le TER avec la mise en place, par exemple, pour le BRT d’une flotte de bus au Gaz Naturel Comprimé ou au GNL et la mise en place de stations GNL pour les alimenter. Ces infrastructures pourraient également encourager l’utilisation massive de camions au GNL pour les transports routiers.

Tous ces projets participeraient d’une part à soutenir une demande locale en GNL et d’autre part à permettre une économie substantielle pour les acteurs économiques car ayant une densité d’énergie au kilogramme supérieur au diesel et au charbon tout en offrant un prix très compétitif malgré des coûts d’infrastructures et d’équipements initiaux plus élevés. L’impact environnemental de ce type de solutions serait important pour la région de Dakar et sa périphérie pour la réduction des émissions de CO2 et de particules de soufre. Leurs effets sur l’industrialisation et le développement des secteurs économiques rendraient le Senegal moins dépendant du pétrole et du gaz dans une perspective de diversification dans le long terme d’une part et par la production d’engrais chimiques azotés comme l’ammoniac, le nitrate d’ammonium, l’urée et ses dérivés (le méthanol, l’éthanol et le butanol) d’autre part. Ces dérivés peuvent être utilisés dans l’industrie chimique et pétrochimique comme des solvants, désinfectants, dans les procédés de liquéfaction, dans la pharmacie, les dégraissants, les parfums, les cuirs artificiels. Il sera aussi question du développement des filières de conservation des aliments par la mise en place d’une chaine du froid pour réduire les pertes agricoles est tout aussi envisageable.

Il faut également relever que le gaz naturel constitue également une excellente opportunité pour démarrer une politique industrielle basée sur la transformation des matières premières avant leurs exportations. Cela pourrait concerner le fer, l’or, le zircon, le cuivre, etc. Par ailleurs, les condensats tels que le propane et le butane issus des procédés de liquéfaction devraient jouer un rôle déterminant dans la stratégie d’approvisionnement local en gaz domestique utilisé pour la cuisson.

D’autres initiatives telles que, l’assouplissement de la fiscalité doivent pousser les acteurs de la mobilité et du transport à favoriser les solutions technologiques cryogéniques pour accompagner le processus de décarbonisation de ce secteur. Une stratégie de développement de solutions innovantes tels que la production et le stockage de l’hydrogène en utilisant le méthane et en maitrisant les émissions de CO2 devrait également être un axe majeur du Gas Master Plan. Enfin le rôle du secteur privé national est primordial dans la réussite d’une stratégie de développement du gaz domestique. Le contenu local doit jouer tout son rôle avec une fiscalité favorable à l’utilisation domestique du gaz naturel et une stratégie de transfert de compétences.

Un Gas Master Plan prenant donc en compte tous ces éléments contextuels, permettrait au Sénégal une création de valeur dans ce secteur avec des impacts sociaux, environnementaux et économiques très importants, réduire la dépendance de l’économie nationale et améliorer la résilience des entreprises locales face aux conséquences d’un marché énergétique mondial très dynamique et en pleines mutations.

La question de l’innovation et du développement technologique sur les nouvelles formes d’énergie comme l’hydrogène doivent être au cœur de la stratégie énergétique du Sénégal. L’analyse des nouvelles orientations des géants pétroliers et gaziers, dans leur démarche de décarbonisation, nous montre que ces derniers placent, pour la plupart, l’hydrogène au cœur de leurs stratégies avec une maturité technologique complète et une maitrise de sa production en termes de coûts à l’horizon 2040 à 2050.

Une stratégie de développement de l’industrie gazière au Sénégal doit obligatoirement prendre en compte ces nouvelles orientations dans la conception et l’ingénierie des projets. Concrètement, par exemple un projet structurant comme le RGS (réseau Gazier du Sénégal), devrait dans toutes ses phases intégrer cette dimension d’évolution du gaz naturel vers l’hydrogène dans les études d’ingénierie du projet et sur le choix des équipements. Il est aussi primordial pour le Sénégal d’anticiper ces mutations futures et mettre en place des programmes de recherche et de développement technologique pour apprendre, consolider et in fine être un acteur majeur de l’ère Hydrogène à venir.

La formation d’ingénieurs et de chercheurs permettrait la création de start up technologiques dans le domaine des énergies décarbonées et donc de la création de valeur pour le pays. Ces programmes de formation peuvent se faire en partenariat avec les sociétés nationales d’énergie et les universités dans le cadre d’un vaste programme pouvant s’inspirer du programme CIFRE (Conventions Industrielles de Formation par la Recherche).

Pour finir, Le GPSOG (Groupe des Sénégalais de la Diaspora dans le pétrole et le Gaz) se met à la disposition de l’Etat du Sénégal et du secteur privé national, pour qu’à travers la diversité des profils de ses membres et de leurs expertises dans toute la chaine pétrolière et gazière, accompagner le Sénégal dans la mise en place d’une stratégie énergétique pour qu’une fois encore, l’exploitation des ressources pétrolière et gazière soit un succès et profite au peuple sénégalais.

Le Groupe des Professionnels Sénégalais de la Diaspora sur le Oil and Gas (GPSOG) regroupe des professionnels sénégalais du secteur des hydrocarbures qui exercent dans la diaspora (Amérique, Europe, Asie, Afrique) et qui travaillent dans le secteur privé, des think-tank et dans les organisations internationales. Le GPSOG a pour ambition de mettre à contribution cette expertise sénégalaise de la Diaspora au service du pays pour une gestion optimale des ressources naturelles au profit des générations présentes et futures.

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Economie

Comment la crise des ventes de cacao en Côte d’Ivoire et au Ghana a-t-elle éclaté ?

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Les producteurs de la moitié du cacao mondial – la Côte d’Ivoire et le Ghana – ont eu du mal à vendre leurs fèves et à payer les agriculteurs cette année en raison des récoltes mondiales abondantes, de la baisse des prix du cacao et de la diminution de la demande de cet ingrédient de la part des chocolatiers.

Pourquoi ces deux pays ont-ils obtenu des résultats inférieurs à ceux de leurs concurrents et que font-ils pour remédier au problème ?

COMMENT EN SOMMES-NOUS ARRIVÉS LÀ ?

Le cacao ne fait pas l’objet d’un commerce libre en Côte d’Ivoire et au Ghana.En réalité, les organismes de réglementation du cacao des deux pays, nommés par le gouvernement, vendent environ 80 % de leurs fèves à des négociants internationaux un an à l’avance et, sur la base de ces ventes, fixent un prix pour les agriculteurs au début de la saison en octobre.

Les agriculteurs vendent ensuite leurs fèves à des collecteurs locaux à ce prix, et ces derniers les revendent à des acheteurs agréés. Après réception du cacao, ces acheteurs agréés le vendent soit directement à des négociants internationaux, soit à des négociants locaux qui le revendent ensuite à des négociants internationaux.

Le prix fixe fixé pour les agriculteurs en octobre couvre généralement la récolte principale d’octobre à mars, car les organismes de réglementation du cacao des pays ont tendance à ajuster le prix pour les agriculteurs pour la récolte intermédiaire d’avril à septembre, considérée comme étant de qualité inférieure. En octobre dernier, la Côte d’Ivoire a fixé le prix de sa principale récolte à environ 5 000 dollars la tonne métrique, tandis que le Ghana l’a fixé à près de 5 300 dollars la tonne métrique.

Les cours mondiaux du cacao à terme ont chuté à environ 3 100 dollars la tonne, ayant perdu la moitié de leur valeur rien que cette année.Pour les négociants mondiaux de cacao, la chute des prix a eu pour conséquence immédiate de lourdes pertes s’ils achetaient des fèves ivoiriennes et ghanéennes pour les revendre aux prix du marché à terme. De ce fait, ils ont pour la plupart cessé d’en acheter.Des agriculteurs ghanéens ont déclaré le mois dernier n’avoir pas été payés pour leurs fèves de cacao depuis novembre, tandis que des sources du secteur ont indiqué à Reuters que la situation était similaire pour les agriculteurs ivoiriens. Elles ont également constaté une accumulation importante de stocks de cacao invendus en Côte d’Ivoire.

QUELLES SONT LES MESURES PRIVILÉGIÉES JUSQU’À PRÉSENT PAR LA CÔTE D’IVOIRE ET LE GHANA EN RÉPONSE ?

Pour tenter de fournir de l’argent aux agriculteurs, le gouvernement ivoirien a lancé à la fin du mois dernier un programme visant à acheter 100 000 tonnes de stocks de cacao invendus de la principale récolte aux agriculteurs, pour un montant d’un demi-milliard de dollars.

Au Ghana, l’organisme de réglementation du cacao a réduit le 12 février de près d’un tiers, pour atteindre environ 3 580 dollars la tonne, après que l’on a estimé que le pays disposait d’environ 50 000 tonnes de stocks de cacao invendus.

La Côte d’Ivoire prévoit également, à compter du 1er mars, de baisser d’environ un tiers son prix fixe aux agriculteurs dans l’espoir d’inciter les vendeurs à vendre aux négociants internationaux, ont indiqué des sources à Reuters.Le gouvernement a annoncé en début de semaine qu’il dévoilerait un nouveau prix pour les agriculteurs d’ici la fin février, soit un mois plus tôt que d’habitude.

POURQUOI LES PRIX MONDIAUX DU CACAO ONT-ILS CHUTTÉ ?

Après avoir presque triplé pour atteindre des niveaux records en 2024, les prix mondiaux du cacao ont depuis perdu environ les trois quarts de leur valeur.

Cette chute est due en partie à la baisse de la demande, les prix élevés ayant incité les chocolatiers à réduire la taille des tablettes, à augmenter la quantité d’additifs autres que le cacao, tels que des gaufrettes ou des noix, et à remplacer des produits comme le beurre de cacao par d’autres matières grasses.

Dans le même temps, des conditions météorologiques favorables ont permis d’obtenir des récoltes plus abondantes et plus saines, ce qui devrait permettre au marché mondial d’enregistrer un excédent d’environ 300 000 à 400 000 tonnes cette saison, selon les négociants internationaux.

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APE SN 01-2026 : un test de crédibilité macroéconomique pour le Sénégal

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Le Sénégal effectue son retour sur le marché financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) avec un emprunt obligataire par appel public à l’épargne (APE) d’un montant de 200 milliards de FCFA.

L’opération est structurée par la SGI Invictus Capital & Finance (ICF), désignée arrangeur et chef de file. La souscription est ouverte du 26 février au 19 mars 2026.

Cette émission intervient dans un contexte budgétaire délicat, marqué par des tensions sur les finances publiques et par une attention accrue portée à la soutenabilité de la dette. Elle s’inscrit ainsi au cœur des arbitrages économiques actuels, entre mobilisation de ressources pour financer les priorités de l’État et nécessité de préserver les équilibres macroéconomiques.

Au-delà de la levée de fonds, cette émission constitue un indicateur clé : elle permettra d’évaluer l’appétit des investisseurs régionaux pour la signature souveraine sénégalaise dans un environnement de taux devenu plus exigeant qu’il y a cinq ans.

Une structure calibrée

L’opération est structurée en quatre tranches :

40 milliards FCFA sur 3 ans à 6,40 %

75 milliards FCFA sur 5 ans à 6,60 %

50 milliards FCFA sur 7 ans à 6,75 %

35 milliards FCFA sur 10 ans à 6,95 %

La progression des taux selon la maturité reflète la prime de risque temporelle classique, mais également un contexte monétaire régional marqué par un resserrement progressif des conditions de liquidité. Les rendements proposés demeurent compétitifs dans l’environnement actuel du marché régional, caractérisé par une hausse graduelle des taux ces dernières années.

La tranche à 10 ans, rémunérée à 6,95 %, sera particulièrement scrutée. Elle permettra d’apprécier la capacité du Trésor à allonger la maturité moyenne de sa dette tout en maîtrisant son coût.

L’opération mobilise un large syndicat de placement couvrant l’ensemble de l’espace UEMOA, illustrant l’intégration croissante du marché financier régional et la capacité des États à s’appuyer sur une intermédiation transfrontalière structurée.

Un test de confiance en 2026

L’émission de 200 milliards FCFA envoie un double signal. D’une part, elle confirme la volonté de l’État de consolider son accès au financement domestique. D’autre part, elle fait office de baromètre de confiance quant à la gestion macroéconomique actuelle.

Une souscription largement couverte conforterait la perception d’une signature souveraine robuste. À l’inverse, une couverture plus mesurée ou une concentration excessive sur les maturités courtes pourrait traduire une préférence accrue des investisseurs pour la prudence.

Entre ambition et discipline

Le Sénégal demeure une économie structurante en Afrique de l’Ouest, portée par des perspectives liées à l’exploitation des ressources énergétiques et à la transformation progressive de son appareil productif. Toutefois, la conjoncture actuelle impose un équilibre délicat : financer le développement sans accroître excessivement la charge de la dette.

L’APE SN 01-2026 ne constitue donc pas seulement une opération financière. Il s’agit d’un exercice de crédibilité macroéconomique, observé avec attention par les marchés régionaux.

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Economie

Egypte : 2,3 milliards de dollars du FMI pour financer l’Economie

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Le Conseil d’administration du FMI valide de nouveaux décaissements au titre des programmes EFF et RSF, saluant les progrès macroéconomiques tout en appelant à accélérer les réformes structurelles.

Le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a achevé les cinquième et sixième examens du programme économique de l’Égypte soutenu par la Facilité élargie de crédit (EFF), ainsi que le premier examen au titre de la Facilité pour la résilience et la durabilité (RSF).

Cette décision permet aux autorités égyptiennes de mobiliser immédiatement environ 2,3 milliards de dollars, dont 2 milliards au titre de l’EFF et 273 millions dans le cadre du RSF. Le programme EFF, approuvé le 16 décembre 2022 pour une durée de 46 mois, a été prolongé jusqu’au 15 décembre 2026.

Selon le FMI, la situation macroéconomique de l’Égypte s’est sensiblement améliorée grâce à des politiques monétaires et budgétaires restrictives et à une plus grande flexibilité du taux de change. La croissance du PIB réel a atteint 4,4 % au cours de l’exercice 2024/25, tandis que l’inflation a reculé à 11,9 % en janvier 2026.

Le déficit du compte courant s’est réduit à 4,2 % du PIB, soutenu par la vigueur des transferts de fonds et des recettes touristiques. Les réserves internationales brutes sont passées de 54,9 milliards de dollars en décembre 2024 à 59,2 milliards de dollars en décembre 2025.

Le Fonds souligne également une amélioration des résultats budgétaires, portée par une hausse des recettes fiscales et une modération des investissements publics.

Toutefois, le solde primaire est resté inférieur aux objectifs du programme, en raison notamment de retards dans les cessions d’actifs prévues. Le niveau élevé de la dette publique et les besoins de financement brut continuent de peser sur les marges budgétaires.

Sur le plan structurel, les progrès sont jugés inégaux. Le FMI insiste sur la nécessité d’accélérer le désengagement de l’État dans les secteurs non stratégiques et de renforcer la concurrence afin de favoriser un modèle de croissance davantage tiré par le secteur privé. Le maintien d’un régime de change flexible, la poursuite de la désinflation, l’élargissement de l’assiette fiscale et la mise en œuvre d’une stratégie globale de gestion de la dette figurent parmi les priorités.

Le programme soutenu par la RSF avance parallèlement, notamment dans le domaine climatique. Les autorités ont publié un calendrier de mise en œuvre des objectifs en matière d’énergies renouvelables et adopté une directive obligeant les banques à déclarer leur exposition aux risques liés à la transition climatique.

Malgré ces avancées, le FMI prévient que les risques demeurent élevés, liés aux tensions géopolitiques régionales et au durcissement des conditions financières mondiales, appelant à une poursuite résolue des réformes pour consolider une croissance durable et inclusive.

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