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Société

Comment la junte du Burkina Faso enrôle ses détracteurs pour combattre les rebelles terroristes.

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Arouna Loure, critique virulent de la junte militaire au pouvoir au Burkina Faso, a reçu un ordre de conscription le 7 septembre de l’année dernière, demandant à l’anesthésiste de commencer un mois de service militaire quatre jours plus tard.

L’ordre, dont Reuters a pris connaissance, ne précisait ni la date ni le lieu où le médecin devait se présenter au service. Quelques jours plus tard, le 13 septembre, deux hommes armés ont intercepté Loure entre les salles d’opération d’un hôpital de la capitale Ouagadougou, l’ont forcé à monter dans un 4×4 et l’ont conduit à un camp militaire près de la ville de Kaya, dans le nord du pays, a-t-il déclaré à Reuters.

M. Loure, 38 ans, avait dénoncé les violences liées à la lutte que le Burkina mène depuis près de dix ans contre les insurgés islamistes dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.

Son enlèvement a fait la une des médias locaux, s’ajoutant à une multitude d’articles et de déclarations de la société civile au cours des 15 derniers mois sur la disparition forcée de dizaines d’activistes, de journalistes, de défenseurs des droits, de responsables militaires et d’autres détracteurs du gouvernement militaire du Burkina Faso.

Amnesty International et Human Rights Watch (HRW) ont accusé la junte burkinabé d’avoir enlevé et enrôlé certains de ses détracteurs, en citant des victimes et des groupes de la société civile. Reuters n’a pu trouver aucune réponse publique des autorités à ces rapports et la junte n’a pas répondu aux demandes de commentaires pour cet article.

Loure, qui a été libéré après trois mois de service militaire forcé, a déclaré qu’il avait été enrôlé en même temps que huit autres critiques et militants du gouvernement dans le camp de Kaya.

« Ils veulent nous réduire au silence », a-t-il déclaré à Reuters lors d’un entretien téléphonique en mars. « Ces enlèvements sont arbitraires et punitifs.

Reuters a vérifié directement 19 enlèvements depuis mars 2023 grâce à des entretiens avec des groupes de la société civile, des parents, des collègues et des victimes libérées. Elle en a identifié quatre autres en s’appuyant sur des déclarations publiques de membres de la famille, de groupes de la société civile et de partis politiques.

La plupart des personnes enlevées n’ont toujours pas été retrouvées.

Quatre victimes qui ont parlé à Reuters après leur libération ont déclaré avoir été enlevées sur leur lieu de travail ou dans la rue par des policiers ou des militaires armés. Leurs ravisseurs portaient des uniformes de l’armée burkinabé ou étaient des hommes en civil qui s’identifiaient verbalement comme des policiers ou des militaires.

Les quatre victimes ont décrit un système d’intimidation violent qui impliquait un service militaire forcé et des actes de torture.

Le porte-parole de la junte, Jean-Emmanuel Ouedraogo, le ministre de l’Intérieur, Emile Zerbo, le ministre d’Etat, Bassolma Bazie, et le porte-parole de l’armée, Isidore Noël, n’ont pas répondu à plusieurs demandes de commentaires sur ces témoignages.

Début juin, l’ordre national des médecins du Burkina Faso a publié un communiqué indiquant que Loure avait de nouveau disparu. Deux sources de la société civile ont confirmé l’information. Il n’est pas réapparu depuis.

« DÉRIVE AUTORITAIRE

Selon trois analystes, ces enlèvements s’inscrivent dans le cadre des efforts déployés par le chef de la junte, Ibrahim Traoré, pour faire taire les critiques depuis qu’il a pris le pouvoir lors d’un coup d’État en septembre 2022 – le deuxième de l’année – en promettant de rétablir la sécurité.

« La dérive autoritaire du régime est évidente », a déclaré Mathieu Pellerin, expert du Sahel pour l’International Crisis Group. Selon lui, le gouvernement durcit sa position à l’égard des critiques internes à mesure que sa position devient plus « fragile ».

« C’est le revers de la médaille de son incapacité à rétablir la sécurité », a-t-il déclaré.

L’armée burkinabé n’a fait que des progrès progressifs malgré les millions de dollars qu’elle a dépensés pour la guerre et les milliers d’hommes qui sont venus grossir ses rangs.

Avec Reuters

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Société

Sénégal : l’écrivain Cheikh Hamidou Kane, auteur de « L’Aventure ambiguë », est mort à 98 ans

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Le Sénégal perd l’une de ses grandes figures intellectuelles. L’écrivain et ancien ministre Cheikh Hamidou Kane est décédé samedi soir à Dakar, à l’âge de 98 ans. Auteur de « L’Aventure ambiguë », publié en 1961 et devenu un classique de la littérature africaine, il laisse derrière lui une œuvre majeure consacrée notamment aux rapports entre tradition, modernité, identité et ouverture au monde.

Le Sénégal est en deuil. L’écrivain, haut fonctionnaire et ancien ministre Cheikh Hamidou Kane est décédé samedi 3 octobre au soir à Dakar, à l’âge de 98 ans. Sa disparition a été annoncée par plusieurs sources, dont le président de la République Bassirou Diomaye Faye.

Né le 2 avril 1928 à Matam, dans le nord-est du Sénégal, Cheikh Hamidou Kane a grandi entre l’enseignement coranique et l’école française. Cette double formation a profondément marqué son parcours intellectuel et son œuvre littéraire. Il poursuit ensuite ses études à Dakar puis à Paris, où il obtient notamment des diplômes en droit et en philosophie.

« L’Aventure ambiguë », une œuvre majeure

Cheikh Hamidou Kane doit surtout sa renommée internationale à « L’Aventure ambiguë », publié en 1961. Le roman raconte le parcours de Samba Diallo, un jeune homme issu du pays des Diallobé, confronté à deux systèmes de formation et de pensée : l’enseignement coranique traditionnel et l’école occidentale.

À travers cette histoire, l’auteur explore les questions d’identité, de culture, de foi et de rapport au savoir. Le livre reçoit en 1962 le Grand Prix littéraire d’Afrique noire et est depuis devenu un classique de la littérature africaine. Il a été traduit dans plus d’une quarantaine de langues et continue d’être étudié dans de nombreux établissements scolaires et universitaires.

Un écrivain également au service de l’État

Cheikh Hamidou Kane n’a pas consacré sa vie uniquement à la littérature. Haut fonctionnaire, il a notamment été gouverneur de Thiès et a occupé plusieurs fonctions ministérielles sous la présidence de Léopold Sédar Senghor.

Il a également exercé des responsabilités internationales, notamment au sein de l’UNICEF. Plus tard, il retrouve le gouvernement sénégalais, où il est notamment chargé du Développement industriel et de l’Artisanat, puis du Plan et de la Coopération.

Son œuvre littéraire compte également « Les Gardiens du Temple », publié en 1995, son deuxième grand roman.

Bassirou Diomaye Faye rend hommage à « une grande figure »

Après l’annonce de sa disparition, le président Bassirou Diomaye Faye a salué la mémoire de l’écrivain. Il a notamment souligné le rôle de « L’Aventure ambiguë » dans la réflexion de plusieurs générations d’Africains sur la manière de s’ouvrir au savoir du monde tout en préservant son identité.

Le chef de l’État a également rappelé l’engagement de Cheikh Hamidou Kane au service du Sénégal et estimé que son œuvre appartient désormais « au patrimoine de notre Nation et de toute l’Afrique ».

Avec la disparition de Cheikh Hamidou Kane, le Sénégal et l’Afrique perdent ainsi une figure majeure des lettres francophones. Son œuvre, notamment « L’Aventure ambiguë », continue toutefois de porter une réflexion toujours actuelle sur la rencontre entre les cultures, la transmission du savoir et la préservation de l’identité.

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Société

Sénégal : Commémoration du 81e anniversaire du massacre de Thiaroye

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Dakar commémore ce lundi 1er décembre 2025 le 81e anniversaire du massacre des tirailleurs africains de Thiaroye, survenu le 1er décembre 1944. Placée sous le haut patronage du président Bassirou Diomaye Faye, cette deuxième édition accueillera notamment le président gambien Adama Barrow, qui quittera Banjul dimanche 30 novembre à 15 h.

Entre 1 200 et 1 800 anciens combattants originaires de 17 pays d’Afrique subsaharienne, démobilisés après avoir combattu pour la France durant la Seconde Guerre mondiale, avaient été tués par les forces coloniales françaises alors qu’ils réclamaient le paiement de leurs soldes et indemnités.

Dans une volonté affirmée de « rétablir la vérité historique », le Sénégal intensifie les efforts de mémoire et de recherche. Un Comité de commémoration a été créé le 14 novembre 2025 pour réhabiliter le site, diffuser le Livre Blanc sur le drame et intégrer cet épisode dans les programmes scolaires.

Les fouilles archéologiques récentes ont apporté des éléments décisifs : découverte de sépultures réelles bien plus nombreuses que les 34 tombes officielles, présence de gradés portant encore leurs insignes, et même d’un corps retrouvé enchaîné. Ces éléments contredisent la version coloniale qui minimisait le nombre de victimes et accréditent l’hypothèse de plusieurs phases et formes d’exécution.

Le président Faye a annoncé cinq mesures phares :

La construction d’un mémorial digne à Thiaroye,

La création d’un centre de documentation,

Le baptême de rues et places publiques au nom des tirailleurs,

L’intégration de cette histoire dans l’enseignement,

L’institution d’une Journée nationale du Tirailleur célébrée chaque 1er décembre.

L’édition 2024 avait déjà connu un retentissement international avec la présence de plusieurs chefs d’État africains. Cette année, la participation du président Barrow souligne une nouvelle fois la dimension régionale et panafricaine de cette mémoire commune.

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Société

Sénégal : Lancement imminent des pôles territoriaux pour l’Acte 4 de la décentralisation

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Le Sénégal s’apprête à franchir une étape majeure dans l’Acte 4 de la décentralisation avec le déploiement prochain de huit pôles territoriaux. Selon le document officiel dévoilé le 22 septembre 2025 au Centre international de conférences Abdou Diouf (Cicad), les trois premiers pôles pilotes – Centre, Nord et Sud – seront opérationnels dès novembre 2025.

Fruit d’une vaste concertation nationale initiée en janvier 2025 par le Ministère de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement du territoire, cette réforme a mobilisé 2 700 participants, incluant collectivités locales, secteur privé et administration. L’objectif : promouvoir une gouvernance plus proche des citoyens, valoriser les ressources locales et réduire les disparités territoriales.

La mise en place des pôles se fera progressivement. Après une phase d’évaluation des trois pôles pilotes, les cinq autres – Diourbel, Louga, Sud-Est, Dakar et Thiès – seront lancés à partir d’avril 2026. « Ces pôles sont conçus pour répondre aux besoins spécifiques des territoires tout en renforçant leur cohérence », a déclaré Ousseynou Touré, conseiller technique à l’Agence de développement municipal.

Les pôles territoriaux se verront confier treize domaines stratégiques, dont l’environnement, la santé, le développement économique et les infrastructures. Chaque pôle sera dirigé par un conseil de territoire, composé de présidents de département, de maires et de représentants communaux, appuyé par un secrétariat exécutif, une chambre consultative et une direction générale pour assurer une coordination efficace.

Cette réforme, l’une des plus significatives de la décentralisation sénégalaise, vise à dynamiser le développement territorial et à réduire les inégalités. En plaçant les citoyens au cœur de la gouvernance, le Sénégal pose les bases d’un modèle de gestion territoriale plus inclusif et durable.

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