Economie
Sénégal: transformation locale du pétrole et du gaz, un impératif partagé 2/3
« Aimes-tu la vie ? Alors ne gaspille pas ton temps, car il est l’essence de la vie. » Benjamin Franklin
Alors que le Sénégal amorce l’exploitation de ses ressources pétrolières et gazières, les acteurs nationaux aspirent à faire du contenu local un véritable catalyseur de transformation économique, en favorisant la valorisation des richesses, la création d’emplois et l’essor d’un tissu industriel pérenne. Ce deuxième volet d’une série de trois sur la gouvernance du secteur prolonge la réflexion entamée dans un premier article paru la veille.
A l’heure où le Sénégal entre de plain-pied dans l’exploitation de ses ressources pétrolières et gazières, les débats se recentrent sur un enjeu stratégique : comment faire de cette richesse naturelle un moteur de développement durable et inclusif pour le pays ? La réponse semble faire consensus parmi les différents acteurs : il faut miser sur la transformation locale et le renforcement du secteur privé national.
Le contexte est marqué par des avancées concrètes. Les premiers barils de brut ont été extraits du champ offshore Sangomar, et les premières cargaisons de gaz naturel liquéfié (GNL) issues du projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA) livrées. Ces projets marquent une étape cruciale, mais la réussite économique à long terme dépendra de la manière dont le contenu local est mis en œuvre.
Dans cette optique, le Sénégal s’est doté, en mai 2022, d’une loi spécifique sur le contenu local dans les industries pétrolières et gazières. Ce texte vise à favoriser l’utilisation de biens et services nationaux tout au long de la chaîne de valeur, tout en développant la participation de la main-d’œuvre, des technologies et des capitaux locaux. L’objectif affiché est ambitieux : atteindre 50 % de contenu local d’ici 2030, afin de maximiser les retombées économiques pour les entreprises et les travailleurs sénégalais.

Mor Bakhoum, secrétaire technique du Comité national de suivi du contenu local (CNSCL), rattaché au ministère de l’Energie, du Pétrole et des Mines, insiste sur la nécessité d’une vision stratégique. Selon lui, « la mise en œuvre du contenu local répond à des exigences. Et l’exigence première, c’est d’avoir une vision », à traduire en une stratégie nationale claire. Pour lui, l’enjeu dépasse les simples obligations contractuelles : il s’agit de « capaciter » le secteur privé national et de lui permettre de jouer un rôle central dans l’économie extractive.
Cette idée est partagée par Papa Samba Ba, directeur du Contrôle et du Suivi des opérations à Petrosen Holding, la compagnie nationale des hydrocarbures. Il estime qu’il faut « trouver le bon équilibre » entre l’attractivité pour les investisseurs étrangers et les retombées pour les populations locales. Il ne s’agit pas seulement de projets portés par des investisseurs, d’après lui. L’enjeu est de s’assurer que les revenus générés servent à moderniser les secteurs clés à travers des projets véritablement « productifs ».
Dans cette logique, le protocole récemment signé entre le Sénégal et la Mauritanie dans le cadre du projet GTA marque une avancée. Il vise à harmoniser la politique de contenu local des deux pays et à encourager la mutualisation des compétences des entreprises nationales. Pour Petrosen, les initiatives comme la stratégie « Gas to Power » – qui ambitionne de convertir le gaz en électricité – ou encore le développement de filières industrielles comme la pétrochimie et la métallurgie doivent devenir les fondations de la transformation économique.
Feuille de route
La société civile s’implique aussi dans ce débat. Le 9 juillet, une table ronde organisée par l’Observatoire de suivi des indicateurs de développement économique en Afrique (OSIDEA) a réuni des experts et des représentants institutionnels sur le thème de l’industrialisation à partir des ressources naturelles. Cheikhou Oumar Sy, président de l’organisation, y a rappelé la nécessité d’une planification claire et partagée, recommandant de « construire une feuille de route pour la transformation de nos matières premières ».
Il insiste aussi sur la nécessité de revoir certains contrats et d’assurer une gestion équitable des revenus issus de l’exploitation : « L’essentiel de la réflexion tourne autour de la renégociation des contrats et de l’utilisation des ressources au bénéfice des populations ». Pour lui, une meilleure implication des communautés, une redistribution juste et une vigilance environnementale accrue sont indispensables.
Au niveau parlementaire, le constat est partagé. Ayib Daffé, président du groupe parlementaire Pastef, actuellement majoritaire à l’Assemblée nationale, reconnaît que les résultats concrets du contenu local restent encore limités. « Il y a une loi, un dispositif institutionnel, mais les retombées sont faibles. Il faut faire beaucoup plus pour que nos entreprises nationales en profitent », a-t-il déclaré.
Sept mois après l’installation de la 15e législature, la commission parlementaire en charge de l’énergie a engagé plusieurs visites de terrain et des consultations, mais aucune réforme législative n’a encore été proposée. M. Daffé annonce néanmoins que « le secteur pétrolier, gazier et minier sera une priorité dans l’évaluation des politiques publiques » et évoque la possibilité de commissions d’enquête, notamment sur la transparence dans la répartition des revenus.
Alors que le Sénégal franchit un cap important en rejoignant le cercle des pays producteurs d’hydrocarbures, les attentes sont élevées. Le cadre légal existe, mais sa mise en œuvre doit s’accompagner d’un effort de coordination entre l’État, le secteur privé, les collectivités et la société civile. Tous s’accordent sur une idée : le pétrole et le gaz ne doivent pas être une rente éphémère, mais une opportunité durable de transformation économique au bénéfice des populations.
Avec APA
Economie
Comment la crise des ventes de cacao en Côte d’Ivoire et au Ghana a-t-elle éclaté ?
« Avoir un but trace la voie. » Lao-Tseu
Les producteurs de la moitié du cacao mondial – la Côte d’Ivoire et le Ghana – ont eu du mal à vendre leurs fèves et à payer les agriculteurs cette année en raison des récoltes mondiales abondantes, de la baisse des prix du cacao et de la diminution de la demande de cet ingrédient de la part des chocolatiers.
Pourquoi ces deux pays ont-ils obtenu des résultats inférieurs à ceux de leurs concurrents et que font-ils pour remédier au problème ?
COMMENT EN SOMMES-NOUS ARRIVÉS LÀ ?
Le cacao ne fait pas l’objet d’un commerce libre en Côte d’Ivoire et au Ghana.En réalité, les organismes de réglementation du cacao des deux pays, nommés par le gouvernement, vendent environ 80 % de leurs fèves à des négociants internationaux un an à l’avance et, sur la base de ces ventes, fixent un prix pour les agriculteurs au début de la saison en octobre.
Les agriculteurs vendent ensuite leurs fèves à des collecteurs locaux à ce prix, et ces derniers les revendent à des acheteurs agréés. Après réception du cacao, ces acheteurs agréés le vendent soit directement à des négociants internationaux, soit à des négociants locaux qui le revendent ensuite à des négociants internationaux.
Le prix fixe fixé pour les agriculteurs en octobre couvre généralement la récolte principale d’octobre à mars, car les organismes de réglementation du cacao des pays ont tendance à ajuster le prix pour les agriculteurs pour la récolte intermédiaire d’avril à septembre, considérée comme étant de qualité inférieure. En octobre dernier, la Côte d’Ivoire a fixé le prix de sa principale récolte à environ 5 000 dollars la tonne métrique, tandis que le Ghana l’a fixé à près de 5 300 dollars la tonne métrique.
Les cours mondiaux du cacao à terme ont chuté à environ 3 100 dollars la tonne, ayant perdu la moitié de leur valeur rien que cette année.Pour les négociants mondiaux de cacao, la chute des prix a eu pour conséquence immédiate de lourdes pertes s’ils achetaient des fèves ivoiriennes et ghanéennes pour les revendre aux prix du marché à terme. De ce fait, ils ont pour la plupart cessé d’en acheter.Des agriculteurs ghanéens ont déclaré le mois dernier n’avoir pas été payés pour leurs fèves de cacao depuis novembre, tandis que des sources du secteur ont indiqué à Reuters que la situation était similaire pour les agriculteurs ivoiriens. Elles ont également constaté une accumulation importante de stocks de cacao invendus en Côte d’Ivoire.
QUELLES SONT LES MESURES PRIVILÉGIÉES JUSQU’À PRÉSENT PAR LA CÔTE D’IVOIRE ET LE GHANA EN RÉPONSE ?
Pour tenter de fournir de l’argent aux agriculteurs, le gouvernement ivoirien a lancé à la fin du mois dernier un programme visant à acheter 100 000 tonnes de stocks de cacao invendus de la principale récolte aux agriculteurs, pour un montant d’un demi-milliard de dollars.
Au Ghana, l’organisme de réglementation du cacao a réduit le 12 février de près d’un tiers, pour atteindre environ 3 580 dollars la tonne, après que l’on a estimé que le pays disposait d’environ 50 000 tonnes de stocks de cacao invendus.
La Côte d’Ivoire prévoit également, à compter du 1er mars, de baisser d’environ un tiers son prix fixe aux agriculteurs dans l’espoir d’inciter les vendeurs à vendre aux négociants internationaux, ont indiqué des sources à Reuters.Le gouvernement a annoncé en début de semaine qu’il dévoilerait un nouveau prix pour les agriculteurs d’ici la fin février, soit un mois plus tôt que d’habitude.
POURQUOI LES PRIX MONDIAUX DU CACAO ONT-ILS CHUTTÉ ?
Après avoir presque triplé pour atteindre des niveaux records en 2024, les prix mondiaux du cacao ont depuis perdu environ les trois quarts de leur valeur.
Cette chute est due en partie à la baisse de la demande, les prix élevés ayant incité les chocolatiers à réduire la taille des tablettes, à augmenter la quantité d’additifs autres que le cacao, tels que des gaufrettes ou des noix, et à remplacer des produits comme le beurre de cacao par d’autres matières grasses.
Dans le même temps, des conditions météorologiques favorables ont permis d’obtenir des récoltes plus abondantes et plus saines, ce qui devrait permettre au marché mondial d’enregistrer un excédent d’environ 300 000 à 400 000 tonnes cette saison, selon les négociants internationaux.
Economie
APE SN 01-2026 : un test de crédibilité macroéconomique pour le Sénégal
« Avoir un but trace la voie. » Lao-Tseu
Le Sénégal effectue son retour sur le marché financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) avec un emprunt obligataire par appel public à l’épargne (APE) d’un montant de 200 milliards de FCFA.
L’opération est structurée par la SGI Invictus Capital & Finance (ICF), désignée arrangeur et chef de file. La souscription est ouverte du 26 février au 19 mars 2026.
Cette émission intervient dans un contexte budgétaire délicat, marqué par des tensions sur les finances publiques et par une attention accrue portée à la soutenabilité de la dette. Elle s’inscrit ainsi au cœur des arbitrages économiques actuels, entre mobilisation de ressources pour financer les priorités de l’État et nécessité de préserver les équilibres macroéconomiques.
Au-delà de la levée de fonds, cette émission constitue un indicateur clé : elle permettra d’évaluer l’appétit des investisseurs régionaux pour la signature souveraine sénégalaise dans un environnement de taux devenu plus exigeant qu’il y a cinq ans.
Une structure calibrée
L’opération est structurée en quatre tranches :
40 milliards FCFA sur 3 ans à 6,40 %
75 milliards FCFA sur 5 ans à 6,60 %
50 milliards FCFA sur 7 ans à 6,75 %
35 milliards FCFA sur 10 ans à 6,95 %
La progression des taux selon la maturité reflète la prime de risque temporelle classique, mais également un contexte monétaire régional marqué par un resserrement progressif des conditions de liquidité. Les rendements proposés demeurent compétitifs dans l’environnement actuel du marché régional, caractérisé par une hausse graduelle des taux ces dernières années.
La tranche à 10 ans, rémunérée à 6,95 %, sera particulièrement scrutée. Elle permettra d’apprécier la capacité du Trésor à allonger la maturité moyenne de sa dette tout en maîtrisant son coût.
L’opération mobilise un large syndicat de placement couvrant l’ensemble de l’espace UEMOA, illustrant l’intégration croissante du marché financier régional et la capacité des États à s’appuyer sur une intermédiation transfrontalière structurée.
Un test de confiance en 2026
L’émission de 200 milliards FCFA envoie un double signal. D’une part, elle confirme la volonté de l’État de consolider son accès au financement domestique. D’autre part, elle fait office de baromètre de confiance quant à la gestion macroéconomique actuelle.
Une souscription largement couverte conforterait la perception d’une signature souveraine robuste. À l’inverse, une couverture plus mesurée ou une concentration excessive sur les maturités courtes pourrait traduire une préférence accrue des investisseurs pour la prudence.
Entre ambition et discipline
Le Sénégal demeure une économie structurante en Afrique de l’Ouest, portée par des perspectives liées à l’exploitation des ressources énergétiques et à la transformation progressive de son appareil productif. Toutefois, la conjoncture actuelle impose un équilibre délicat : financer le développement sans accroître excessivement la charge de la dette.
L’APE SN 01-2026 ne constitue donc pas seulement une opération financière. Il s’agit d’un exercice de crédibilité macroéconomique, observé avec attention par les marchés régionaux.
Economie
Egypte : 2,3 milliards de dollars du FMI pour financer l’Economie
« Avoir un but trace la voie. » Lao-Tseu
Le Conseil d’administration du FMI valide de nouveaux décaissements au titre des programmes EFF et RSF, saluant les progrès macroéconomiques tout en appelant à accélérer les réformes structurelles.
Le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a achevé les cinquième et sixième examens du programme économique de l’Égypte soutenu par la Facilité élargie de crédit (EFF), ainsi que le premier examen au titre de la Facilité pour la résilience et la durabilité (RSF).
Cette décision permet aux autorités égyptiennes de mobiliser immédiatement environ 2,3 milliards de dollars, dont 2 milliards au titre de l’EFF et 273 millions dans le cadre du RSF. Le programme EFF, approuvé le 16 décembre 2022 pour une durée de 46 mois, a été prolongé jusqu’au 15 décembre 2026.
Selon le FMI, la situation macroéconomique de l’Égypte s’est sensiblement améliorée grâce à des politiques monétaires et budgétaires restrictives et à une plus grande flexibilité du taux de change. La croissance du PIB réel a atteint 4,4 % au cours de l’exercice 2024/25, tandis que l’inflation a reculé à 11,9 % en janvier 2026.
Le déficit du compte courant s’est réduit à 4,2 % du PIB, soutenu par la vigueur des transferts de fonds et des recettes touristiques. Les réserves internationales brutes sont passées de 54,9 milliards de dollars en décembre 2024 à 59,2 milliards de dollars en décembre 2025.
Le Fonds souligne également une amélioration des résultats budgétaires, portée par une hausse des recettes fiscales et une modération des investissements publics.
Toutefois, le solde primaire est resté inférieur aux objectifs du programme, en raison notamment de retards dans les cessions d’actifs prévues. Le niveau élevé de la dette publique et les besoins de financement brut continuent de peser sur les marges budgétaires.
Sur le plan structurel, les progrès sont jugés inégaux. Le FMI insiste sur la nécessité d’accélérer le désengagement de l’État dans les secteurs non stratégiques et de renforcer la concurrence afin de favoriser un modèle de croissance davantage tiré par le secteur privé. Le maintien d’un régime de change flexible, la poursuite de la désinflation, l’élargissement de l’assiette fiscale et la mise en œuvre d’une stratégie globale de gestion de la dette figurent parmi les priorités.
Le programme soutenu par la RSF avance parallèlement, notamment dans le domaine climatique. Les autorités ont publié un calendrier de mise en œuvre des objectifs en matière d’énergies renouvelables et adopté une directive obligeant les banques à déclarer leur exposition aux risques liés à la transition climatique.
Malgré ces avancées, le FMI prévient que les risques demeurent élevés, liés aux tensions géopolitiques régionales et au durcissement des conditions financières mondiales, appelant à une poursuite résolue des réformes pour consolider une croissance durable et inclusive.
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