Connect with us
pub

Economie

Chronique : Impacts du conflit russo-ukrainien sur l’économie sénégalaise

Published

on

Citation du jour : « L’homme des discours, que sait il de la douceur du silence ? »Rûmî

La nouvelle guerre en Ukraine a fait bondir les cours du pétrole et du gaz. Le blé, le cuivre et l’or restent parmi les autres produits les plus exposés aux fluctuations potentielles, dans cette situation. Quels impacts économiques aura le conflit russo-ukrainien sur le Sénégal, qui entretient des relations diplomatiques, économiques et commerciales avec la Russie depuis 1962 et l’Ukraine depuis 1992? 

L’économie mondiale a une réalité: lorsqu’une puissance ou une région importante éternue, les échanges commerciaux s’enrhument . L’éclatement du russo-ukrainienne va forcément avoir un impact sur l’économie mondiale en général et en Afrique en particulier. Les deux Etats en conflit ont soit des relations économiques directes avec la plupart des pays africains, soit avec d’autres puissances qui, à leur tour, entretiennent des relations commerciales fortes avec eux. De façon directe ou indirecte, les conséquences se sentiront dans les différents échanges commerciaux, même si la dimension de l’impact dépendra de la durée du conflit et des sanctions qui pourraient en découler en défaveur de Moscou. Et ce, en prenant compte du fait que les autres puissances ne peuvent prendre que des sanctions « softs » au regard de la puissance militaire, de l’importance et de la place de la Russie (nouvel allié de la Chine) sur l’échiquier économique mondial.

La hausse du prix du baril du pétrole à plus 100 dollars, une première depuis 2014, annonce la couleur de la flambée prochaine des coûts d’importations et autres produits finis. Ce qui peut freiner la progression des échanges commerciaux entre la Russie et l’Afrique qui tournent à plus de 20 milliards $ depuis 2018. Il va falloir être mesuré sur les perspectives concernant les importations en provenance de cette région du monde, rappelant que le Sénégal (en ce qui le concerne ) figure en bonne place dans le top 10 des pays africains partenaires de la Russie à côté de l’Afrique du Sud, l’Algérie, l’Egypte, le Kenya, la Côte d’Ivoire, le Maroc, le Nigeria, le Soudan et la Tunisie. Il est important de rappeler que Moscou fournit 11,5% de l’offre mondiale et est le deuxième exportateur ainsi que le troisième producteur de pétrole brut. Quelque 2,3 millions de barils de pétrole brut russe partent chaque jour vers l’Europe. 

Les exportations et les importations du Sénégal de produits pétroliers bruts et finis sont exposées. Le Sénégal dont les importations en huiles brutes de pétrole ont été en hausse de +17,8% et ses produits pétroliers finis de +28,8% devra subir la fluctuation du baril, tant sur les produits commerciaux qu’au niveau de la pompe. A moins que l’Etat révise la compensation. Les produits pétroliers constituent ainsi un des principaux produits exportés du Sénégal avec 8,9% des exportations du pays en 2018 contre 8,4% en 2017. Les exportations sénégalaises en produits pétroliers qui avoisine aujourd’hui les 9% (en croissance depuis 2017) pourraient également avoir des impacts et connaître une stabilisation sinon même un recul, si l’on sait que leur évolution reste tributaire des cours mondiaux de pétrole. 

Cela peut également jouer sur le volume de traitement de la Société Africaine de Raffinage (SAR) qui permet l’approvisionnement des pays de la sous-région (le Mali, le Burkina Faso, le Togo, la Mauritanie et le Libéria), tant au niveau des coûts des produits que ceux du transport, puisque l’approvisionnement se fait par navires et aéronefs. L’impossibilité de protéger la libre-circulation des biens vers l’Ukraine aura un impact économique sur les échanges commerciaux entre Kiev et Dakar dont les volumes sont insoupçonnés. En effet, rien qu’entre janvier et octobre 2021, le volume des échanges commerciaux sont estimés à 101.58 millions USD avec un solde positif pour l’Ukraine de 97.78 millions USD. Sur la même période, les exportations de l’Ukraine vers le Sénégal sont passées à 99.68 millions USD. Les principaux postes des exportations ukrainiennes concernent la fonte, fer et acier (84,5%), graisses, huiles animales ou végétales (10,0%) et céréales (1.7%). 

Les exportations sénégalaises vers l’Ukraine sont évaluées à 1.9 millions USD et se composent principalement des poissons et crustacés (55.3%), des minerais, scories et cendre (38.4%). Le conflit va avoir des conséquences économiques directes et indirectes, plus loin que les questions liées à l’énergie. Au-delà des impacts directs inhérents aux coopérations bilatérales entre le Sénégal et l’Ukraine ou encore le Sénégal et la Russie, l’on pourrait s’attendre à la hausse de plusieurs produits. La flambée du pétrole affecte sans doute d’autres prix qui augmentent dans d’autres secteurs de l’économie, lesquels peuvent entraîner une croissance plus lente de la demande et donc à une baisse de production. 

Cette situation arrive au moment où l’économie mondiale se relance, à la suite des années Covid, installant l’incertitude sur les marchés, mais aussi dans les projets d’investissement (IDE et nationaux). L’inflation qui peut résulter des prix du pétrole et du gaz à l’international poussera probablement  les banques centrales à réagir, très probablement à revoir à la hausse les taux d’intérêt et aller vers un resserrement monétaire. Mais tout cela dépendra de la durée du conflit. 

Cheikh Mbacké SENE

Spécialiste en intelligence économique, Veilles et Communication sensible

Analyste économique

Doctorant en administration des affaires

Continue Reading
Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Economie

Comment la crise des ventes de cacao en Côte d’Ivoire et au Ghana a-t-elle éclaté ?

Published

on

Les producteurs de la moitié du cacao mondial – la Côte d’Ivoire et le Ghana – ont eu du mal à vendre leurs fèves et à payer les agriculteurs cette année en raison des récoltes mondiales abondantes, de la baisse des prix du cacao et de la diminution de la demande de cet ingrédient de la part des chocolatiers.

Pourquoi ces deux pays ont-ils obtenu des résultats inférieurs à ceux de leurs concurrents et que font-ils pour remédier au problème ?

COMMENT EN SOMMES-NOUS ARRIVÉS LÀ ?

Le cacao ne fait pas l’objet d’un commerce libre en Côte d’Ivoire et au Ghana.En réalité, les organismes de réglementation du cacao des deux pays, nommés par le gouvernement, vendent environ 80 % de leurs fèves à des négociants internationaux un an à l’avance et, sur la base de ces ventes, fixent un prix pour les agriculteurs au début de la saison en octobre.

Les agriculteurs vendent ensuite leurs fèves à des collecteurs locaux à ce prix, et ces derniers les revendent à des acheteurs agréés. Après réception du cacao, ces acheteurs agréés le vendent soit directement à des négociants internationaux, soit à des négociants locaux qui le revendent ensuite à des négociants internationaux.

Le prix fixe fixé pour les agriculteurs en octobre couvre généralement la récolte principale d’octobre à mars, car les organismes de réglementation du cacao des pays ont tendance à ajuster le prix pour les agriculteurs pour la récolte intermédiaire d’avril à septembre, considérée comme étant de qualité inférieure. En octobre dernier, la Côte d’Ivoire a fixé le prix de sa principale récolte à environ 5 000 dollars la tonne métrique, tandis que le Ghana l’a fixé à près de 5 300 dollars la tonne métrique.

Les cours mondiaux du cacao à terme ont chuté à environ 3 100 dollars la tonne, ayant perdu la moitié de leur valeur rien que cette année.Pour les négociants mondiaux de cacao, la chute des prix a eu pour conséquence immédiate de lourdes pertes s’ils achetaient des fèves ivoiriennes et ghanéennes pour les revendre aux prix du marché à terme. De ce fait, ils ont pour la plupart cessé d’en acheter.Des agriculteurs ghanéens ont déclaré le mois dernier n’avoir pas été payés pour leurs fèves de cacao depuis novembre, tandis que des sources du secteur ont indiqué à Reuters que la situation était similaire pour les agriculteurs ivoiriens. Elles ont également constaté une accumulation importante de stocks de cacao invendus en Côte d’Ivoire.

QUELLES SONT LES MESURES PRIVILÉGIÉES JUSQU’À PRÉSENT PAR LA CÔTE D’IVOIRE ET LE GHANA EN RÉPONSE ?

Pour tenter de fournir de l’argent aux agriculteurs, le gouvernement ivoirien a lancé à la fin du mois dernier un programme visant à acheter 100 000 tonnes de stocks de cacao invendus de la principale récolte aux agriculteurs, pour un montant d’un demi-milliard de dollars.

Au Ghana, l’organisme de réglementation du cacao a réduit le 12 février de près d’un tiers, pour atteindre environ 3 580 dollars la tonne, après que l’on a estimé que le pays disposait d’environ 50 000 tonnes de stocks de cacao invendus.

La Côte d’Ivoire prévoit également, à compter du 1er mars, de baisser d’environ un tiers son prix fixe aux agriculteurs dans l’espoir d’inciter les vendeurs à vendre aux négociants internationaux, ont indiqué des sources à Reuters.Le gouvernement a annoncé en début de semaine qu’il dévoilerait un nouveau prix pour les agriculteurs d’ici la fin février, soit un mois plus tôt que d’habitude.

POURQUOI LES PRIX MONDIAUX DU CACAO ONT-ILS CHUTTÉ ?

Après avoir presque triplé pour atteindre des niveaux records en 2024, les prix mondiaux du cacao ont depuis perdu environ les trois quarts de leur valeur.

Cette chute est due en partie à la baisse de la demande, les prix élevés ayant incité les chocolatiers à réduire la taille des tablettes, à augmenter la quantité d’additifs autres que le cacao, tels que des gaufrettes ou des noix, et à remplacer des produits comme le beurre de cacao par d’autres matières grasses.

Dans le même temps, des conditions météorologiques favorables ont permis d’obtenir des récoltes plus abondantes et plus saines, ce qui devrait permettre au marché mondial d’enregistrer un excédent d’environ 300 000 à 400 000 tonnes cette saison, selon les négociants internationaux.

Continue Reading

Economie

APE SN 01-2026 : un test de crédibilité macroéconomique pour le Sénégal

Published

on

Le Sénégal effectue son retour sur le marché financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) avec un emprunt obligataire par appel public à l’épargne (APE) d’un montant de 200 milliards de FCFA.

L’opération est structurée par la SGI Invictus Capital & Finance (ICF), désignée arrangeur et chef de file. La souscription est ouverte du 26 février au 19 mars 2026.

Cette émission intervient dans un contexte budgétaire délicat, marqué par des tensions sur les finances publiques et par une attention accrue portée à la soutenabilité de la dette. Elle s’inscrit ainsi au cœur des arbitrages économiques actuels, entre mobilisation de ressources pour financer les priorités de l’État et nécessité de préserver les équilibres macroéconomiques.

Au-delà de la levée de fonds, cette émission constitue un indicateur clé : elle permettra d’évaluer l’appétit des investisseurs régionaux pour la signature souveraine sénégalaise dans un environnement de taux devenu plus exigeant qu’il y a cinq ans.

Une structure calibrée

L’opération est structurée en quatre tranches :

40 milliards FCFA sur 3 ans à 6,40 %

75 milliards FCFA sur 5 ans à 6,60 %

50 milliards FCFA sur 7 ans à 6,75 %

35 milliards FCFA sur 10 ans à 6,95 %

La progression des taux selon la maturité reflète la prime de risque temporelle classique, mais également un contexte monétaire régional marqué par un resserrement progressif des conditions de liquidité. Les rendements proposés demeurent compétitifs dans l’environnement actuel du marché régional, caractérisé par une hausse graduelle des taux ces dernières années.

La tranche à 10 ans, rémunérée à 6,95 %, sera particulièrement scrutée. Elle permettra d’apprécier la capacité du Trésor à allonger la maturité moyenne de sa dette tout en maîtrisant son coût.

L’opération mobilise un large syndicat de placement couvrant l’ensemble de l’espace UEMOA, illustrant l’intégration croissante du marché financier régional et la capacité des États à s’appuyer sur une intermédiation transfrontalière structurée.

Un test de confiance en 2026

L’émission de 200 milliards FCFA envoie un double signal. D’une part, elle confirme la volonté de l’État de consolider son accès au financement domestique. D’autre part, elle fait office de baromètre de confiance quant à la gestion macroéconomique actuelle.

Une souscription largement couverte conforterait la perception d’une signature souveraine robuste. À l’inverse, une couverture plus mesurée ou une concentration excessive sur les maturités courtes pourrait traduire une préférence accrue des investisseurs pour la prudence.

Entre ambition et discipline

Le Sénégal demeure une économie structurante en Afrique de l’Ouest, portée par des perspectives liées à l’exploitation des ressources énergétiques et à la transformation progressive de son appareil productif. Toutefois, la conjoncture actuelle impose un équilibre délicat : financer le développement sans accroître excessivement la charge de la dette.

L’APE SN 01-2026 ne constitue donc pas seulement une opération financière. Il s’agit d’un exercice de crédibilité macroéconomique, observé avec attention par les marchés régionaux.

Continue Reading

Economie

Egypte : 2,3 milliards de dollars du FMI pour financer l’Economie

Published

on

Le Conseil d’administration du FMI valide de nouveaux décaissements au titre des programmes EFF et RSF, saluant les progrès macroéconomiques tout en appelant à accélérer les réformes structurelles.

Le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a achevé les cinquième et sixième examens du programme économique de l’Égypte soutenu par la Facilité élargie de crédit (EFF), ainsi que le premier examen au titre de la Facilité pour la résilience et la durabilité (RSF).

Cette décision permet aux autorités égyptiennes de mobiliser immédiatement environ 2,3 milliards de dollars, dont 2 milliards au titre de l’EFF et 273 millions dans le cadre du RSF. Le programme EFF, approuvé le 16 décembre 2022 pour une durée de 46 mois, a été prolongé jusqu’au 15 décembre 2026.

Selon le FMI, la situation macroéconomique de l’Égypte s’est sensiblement améliorée grâce à des politiques monétaires et budgétaires restrictives et à une plus grande flexibilité du taux de change. La croissance du PIB réel a atteint 4,4 % au cours de l’exercice 2024/25, tandis que l’inflation a reculé à 11,9 % en janvier 2026.

Le déficit du compte courant s’est réduit à 4,2 % du PIB, soutenu par la vigueur des transferts de fonds et des recettes touristiques. Les réserves internationales brutes sont passées de 54,9 milliards de dollars en décembre 2024 à 59,2 milliards de dollars en décembre 2025.

Le Fonds souligne également une amélioration des résultats budgétaires, portée par une hausse des recettes fiscales et une modération des investissements publics.

Toutefois, le solde primaire est resté inférieur aux objectifs du programme, en raison notamment de retards dans les cessions d’actifs prévues. Le niveau élevé de la dette publique et les besoins de financement brut continuent de peser sur les marges budgétaires.

Sur le plan structurel, les progrès sont jugés inégaux. Le FMI insiste sur la nécessité d’accélérer le désengagement de l’État dans les secteurs non stratégiques et de renforcer la concurrence afin de favoriser un modèle de croissance davantage tiré par le secteur privé. Le maintien d’un régime de change flexible, la poursuite de la désinflation, l’élargissement de l’assiette fiscale et la mise en œuvre d’une stratégie globale de gestion de la dette figurent parmi les priorités.

Le programme soutenu par la RSF avance parallèlement, notamment dans le domaine climatique. Les autorités ont publié un calendrier de mise en œuvre des objectifs en matière d’énergies renouvelables et adopté une directive obligeant les banques à déclarer leur exposition aux risques liés à la transition climatique.

Malgré ces avancées, le FMI prévient que les risques demeurent élevés, liés aux tensions géopolitiques régionales et au durcissement des conditions financières mondiales, appelant à une poursuite résolue des réformes pour consolider une croissance durable et inclusive.

Continue Reading

Tendance