Economie
Tunisie : l’initiative Souk At-Tanmia soutient plus de 80 entreprises
Lancée en 2012 par la Banque africaine de développement avec le soutien d’une vingtaine de partenaires, « Souk At-tanmia » finance les entrepreneurs par des dons et leur apporte un accompagnement technique. Une attention particulière est accordée aux femmes et aux jeunes porteurs de projets issus des régions dites « prioritaires » comme Gafsa, Médenine, Tataouine ou encore Sidi Bouzid.
Près de 150 participants étaient présents à cette cérémonie, parmi lesquels des partenaires, des représentants d’organismes publics et privés et de la société civile. Un évènement marqué par la présence du ministre de l’Économie, des Finances et de l’Appui à l’investissement, Ali Kooli, et des ambassadeurs des États-Unis d’Amérique et du Royaume-Uni en Tunisie, Donald Blome et Edward Oakden.
Selon une enquête menée par le programme, les entreprises soutenues par l’initiative ont été affectées par la crise avec une baisse moyenne d’environ 60% de leur chiffre d’affaires. La moitié de leurs emplois sont menacés.
« Souk At-tanmia est probablement l’une des initiatives les plus novatrices pour aider les jeunes à construire leurs propres projets, pour soutenir les communautés défavorisées et créer une nouvelle dynamique économique », a déclaré le ministre Ali Kooli. Souk At-tanmia a réussi à lever le défi de l’emploi en Tunisie. »
« Il est aujourd’hui de notre devoir de redoubler d’efforts pour protéger ces jeunes entrepreneurs de la crise et les aider à développer leur activité. Ils représentent un véritable vecteur de relance », a déclaré le directeur général de la Banque africaine de développement pour l’Afrique du Nord, Mohamed El Aziz. « Toute crise comporte de nouvelles opportunités. Avec « Souk At-tanmia », nous unissons nos efforts pour aider ces jeunes à les saisir », a-t-il ajouté.
Face à la crise, l’initiative, appuyée par ses partenaires britanniques, américains et danois, a redéployé son offre. L’objectif est de préserver les entreprises créées, en protégeant les emplois et en engageant une reconversion par l’innovation. Ainsi, 75 structures bénéficieront de mesures additionnelles de soutien. Quelque 40% d’entre elles sont portées par des femmes et plus de la moitié implantée dans les régions prioritaires. Chacune d’elles recevra un don d’environ 12 500 dinars tunisiens et fera l’objet d’un appui technique.
« Loin d’être de simples victimes de la crise sanitaire, les entrepreneurs sont des moteurs de l’innovation et des acteurs de changement. Le Royaume-Uni est fier de soutenir 87 entreprises à travers ce programme qui permettra de sauver et de créer des centaines d’emplois et de soutenir la reprise économique de la Tunisie, a déclaré Edward Oakden. Le programme soutient les entreprises qui rendent autonomes les femmes, emploient des jeunes dans les zones marginalisées du pays et préservent notre planète. »
« Souk At-tanmia a été mon principal allié pour réaliser mon projet », témoigne Samira Ali, fondatrice de Houch Yamma, un espace qui promeut l’héritage culturel de Djerba et Médenine. « Le programme continue de nous soutenir et nous aide à mieux gérer la crise dans un secteur, celui du tourisme, complètement sinistré. »
Dans le cadre du challenge « Africa Vs Virus/section Tunisie », douze autres entrepreneurs ayant présenté les solutions les plus innovantes en matière de lutte contre le virus ont été retenus. Un don variant entre 35 000 et 100 000 dinars tunisiens leur sera accordé, en plus d’une assistance technique pour accélérer la mise en œuvre de leurs solutions.
« Depuis 2011, les États-Unis ont fourni près de deux milliards de dollars en assistance axée sur la démocratie, l’économie et la sécurité au profit des communautés tunisiennes à travers le pays, a déclaré Donald Blome. Nous investissons car nous croyons au peuple tunisien et nous reconnaissons qu’une main-d’œuvre inclusive, comprenant des femmes, des jeunes et des citoyens de toutes les régions du pays, est essentielle pour que la Tunisie prospère. »
« À cause de la pandémie, l’événementiel est à l’arrêt depuis mars dernier. Ce secteur emploie des milliers de personnes, se désole Bechir Afifi, fondateur de FabSkills, une plateforme web qui optimise l’interface entre demandeurs et chercheurs d’emplois. Avec Souk At-tanmia, nous allons pouvoir lancer « FabEvent », une solution innovante pour la gestion, en toute simplicité, d’évènements en ligne. »
Le programme « Souk At-tanmia » a permis l’émergence de 250 nouvelles entreprises et créé plus de 2 000 emplois dans l’industrie, les services, l’agriculture, les énergies renouvelables, l’artisanat et le tourisme.
Economie
Comment la crise des ventes de cacao en Côte d’Ivoire et au Ghana a-t-elle éclaté ?
« Avoir un but trace la voie. » Lao-Tseu
Les producteurs de la moitié du cacao mondial – la Côte d’Ivoire et le Ghana – ont eu du mal à vendre leurs fèves et à payer les agriculteurs cette année en raison des récoltes mondiales abondantes, de la baisse des prix du cacao et de la diminution de la demande de cet ingrédient de la part des chocolatiers.
Pourquoi ces deux pays ont-ils obtenu des résultats inférieurs à ceux de leurs concurrents et que font-ils pour remédier au problème ?
COMMENT EN SOMMES-NOUS ARRIVÉS LÀ ?
Le cacao ne fait pas l’objet d’un commerce libre en Côte d’Ivoire et au Ghana.En réalité, les organismes de réglementation du cacao des deux pays, nommés par le gouvernement, vendent environ 80 % de leurs fèves à des négociants internationaux un an à l’avance et, sur la base de ces ventes, fixent un prix pour les agriculteurs au début de la saison en octobre.
Les agriculteurs vendent ensuite leurs fèves à des collecteurs locaux à ce prix, et ces derniers les revendent à des acheteurs agréés. Après réception du cacao, ces acheteurs agréés le vendent soit directement à des négociants internationaux, soit à des négociants locaux qui le revendent ensuite à des négociants internationaux.
Le prix fixe fixé pour les agriculteurs en octobre couvre généralement la récolte principale d’octobre à mars, car les organismes de réglementation du cacao des pays ont tendance à ajuster le prix pour les agriculteurs pour la récolte intermédiaire d’avril à septembre, considérée comme étant de qualité inférieure. En octobre dernier, la Côte d’Ivoire a fixé le prix de sa principale récolte à environ 5 000 dollars la tonne métrique, tandis que le Ghana l’a fixé à près de 5 300 dollars la tonne métrique.
Les cours mondiaux du cacao à terme ont chuté à environ 3 100 dollars la tonne, ayant perdu la moitié de leur valeur rien que cette année.Pour les négociants mondiaux de cacao, la chute des prix a eu pour conséquence immédiate de lourdes pertes s’ils achetaient des fèves ivoiriennes et ghanéennes pour les revendre aux prix du marché à terme. De ce fait, ils ont pour la plupart cessé d’en acheter.Des agriculteurs ghanéens ont déclaré le mois dernier n’avoir pas été payés pour leurs fèves de cacao depuis novembre, tandis que des sources du secteur ont indiqué à Reuters que la situation était similaire pour les agriculteurs ivoiriens. Elles ont également constaté une accumulation importante de stocks de cacao invendus en Côte d’Ivoire.
QUELLES SONT LES MESURES PRIVILÉGIÉES JUSQU’À PRÉSENT PAR LA CÔTE D’IVOIRE ET LE GHANA EN RÉPONSE ?
Pour tenter de fournir de l’argent aux agriculteurs, le gouvernement ivoirien a lancé à la fin du mois dernier un programme visant à acheter 100 000 tonnes de stocks de cacao invendus de la principale récolte aux agriculteurs, pour un montant d’un demi-milliard de dollars.
Au Ghana, l’organisme de réglementation du cacao a réduit le 12 février de près d’un tiers, pour atteindre environ 3 580 dollars la tonne, après que l’on a estimé que le pays disposait d’environ 50 000 tonnes de stocks de cacao invendus.
La Côte d’Ivoire prévoit également, à compter du 1er mars, de baisser d’environ un tiers son prix fixe aux agriculteurs dans l’espoir d’inciter les vendeurs à vendre aux négociants internationaux, ont indiqué des sources à Reuters.Le gouvernement a annoncé en début de semaine qu’il dévoilerait un nouveau prix pour les agriculteurs d’ici la fin février, soit un mois plus tôt que d’habitude.
POURQUOI LES PRIX MONDIAUX DU CACAO ONT-ILS CHUTTÉ ?
Après avoir presque triplé pour atteindre des niveaux records en 2024, les prix mondiaux du cacao ont depuis perdu environ les trois quarts de leur valeur.
Cette chute est due en partie à la baisse de la demande, les prix élevés ayant incité les chocolatiers à réduire la taille des tablettes, à augmenter la quantité d’additifs autres que le cacao, tels que des gaufrettes ou des noix, et à remplacer des produits comme le beurre de cacao par d’autres matières grasses.
Dans le même temps, des conditions météorologiques favorables ont permis d’obtenir des récoltes plus abondantes et plus saines, ce qui devrait permettre au marché mondial d’enregistrer un excédent d’environ 300 000 à 400 000 tonnes cette saison, selon les négociants internationaux.
Economie
APE SN 01-2026 : un test de crédibilité macroéconomique pour le Sénégal
« Avoir un but trace la voie. » Lao-Tseu
Le Sénégal effectue son retour sur le marché financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) avec un emprunt obligataire par appel public à l’épargne (APE) d’un montant de 200 milliards de FCFA.
L’opération est structurée par la SGI Invictus Capital & Finance (ICF), désignée arrangeur et chef de file. La souscription est ouverte du 26 février au 19 mars 2026.
Cette émission intervient dans un contexte budgétaire délicat, marqué par des tensions sur les finances publiques et par une attention accrue portée à la soutenabilité de la dette. Elle s’inscrit ainsi au cœur des arbitrages économiques actuels, entre mobilisation de ressources pour financer les priorités de l’État et nécessité de préserver les équilibres macroéconomiques.
Au-delà de la levée de fonds, cette émission constitue un indicateur clé : elle permettra d’évaluer l’appétit des investisseurs régionaux pour la signature souveraine sénégalaise dans un environnement de taux devenu plus exigeant qu’il y a cinq ans.
Une structure calibrée
L’opération est structurée en quatre tranches :
40 milliards FCFA sur 3 ans à 6,40 %
75 milliards FCFA sur 5 ans à 6,60 %
50 milliards FCFA sur 7 ans à 6,75 %
35 milliards FCFA sur 10 ans à 6,95 %
La progression des taux selon la maturité reflète la prime de risque temporelle classique, mais également un contexte monétaire régional marqué par un resserrement progressif des conditions de liquidité. Les rendements proposés demeurent compétitifs dans l’environnement actuel du marché régional, caractérisé par une hausse graduelle des taux ces dernières années.
La tranche à 10 ans, rémunérée à 6,95 %, sera particulièrement scrutée. Elle permettra d’apprécier la capacité du Trésor à allonger la maturité moyenne de sa dette tout en maîtrisant son coût.
L’opération mobilise un large syndicat de placement couvrant l’ensemble de l’espace UEMOA, illustrant l’intégration croissante du marché financier régional et la capacité des États à s’appuyer sur une intermédiation transfrontalière structurée.
Un test de confiance en 2026
L’émission de 200 milliards FCFA envoie un double signal. D’une part, elle confirme la volonté de l’État de consolider son accès au financement domestique. D’autre part, elle fait office de baromètre de confiance quant à la gestion macroéconomique actuelle.
Une souscription largement couverte conforterait la perception d’une signature souveraine robuste. À l’inverse, une couverture plus mesurée ou une concentration excessive sur les maturités courtes pourrait traduire une préférence accrue des investisseurs pour la prudence.
Entre ambition et discipline
Le Sénégal demeure une économie structurante en Afrique de l’Ouest, portée par des perspectives liées à l’exploitation des ressources énergétiques et à la transformation progressive de son appareil productif. Toutefois, la conjoncture actuelle impose un équilibre délicat : financer le développement sans accroître excessivement la charge de la dette.
L’APE SN 01-2026 ne constitue donc pas seulement une opération financière. Il s’agit d’un exercice de crédibilité macroéconomique, observé avec attention par les marchés régionaux.
Economie
Egypte : 2,3 milliards de dollars du FMI pour financer l’Economie
« Avoir un but trace la voie. » Lao-Tseu
Le Conseil d’administration du FMI valide de nouveaux décaissements au titre des programmes EFF et RSF, saluant les progrès macroéconomiques tout en appelant à accélérer les réformes structurelles.
Le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a achevé les cinquième et sixième examens du programme économique de l’Égypte soutenu par la Facilité élargie de crédit (EFF), ainsi que le premier examen au titre de la Facilité pour la résilience et la durabilité (RSF).
Cette décision permet aux autorités égyptiennes de mobiliser immédiatement environ 2,3 milliards de dollars, dont 2 milliards au titre de l’EFF et 273 millions dans le cadre du RSF. Le programme EFF, approuvé le 16 décembre 2022 pour une durée de 46 mois, a été prolongé jusqu’au 15 décembre 2026.
Selon le FMI, la situation macroéconomique de l’Égypte s’est sensiblement améliorée grâce à des politiques monétaires et budgétaires restrictives et à une plus grande flexibilité du taux de change. La croissance du PIB réel a atteint 4,4 % au cours de l’exercice 2024/25, tandis que l’inflation a reculé à 11,9 % en janvier 2026.
Le déficit du compte courant s’est réduit à 4,2 % du PIB, soutenu par la vigueur des transferts de fonds et des recettes touristiques. Les réserves internationales brutes sont passées de 54,9 milliards de dollars en décembre 2024 à 59,2 milliards de dollars en décembre 2025.
Le Fonds souligne également une amélioration des résultats budgétaires, portée par une hausse des recettes fiscales et une modération des investissements publics.
Toutefois, le solde primaire est resté inférieur aux objectifs du programme, en raison notamment de retards dans les cessions d’actifs prévues. Le niveau élevé de la dette publique et les besoins de financement brut continuent de peser sur les marges budgétaires.
Sur le plan structurel, les progrès sont jugés inégaux. Le FMI insiste sur la nécessité d’accélérer le désengagement de l’État dans les secteurs non stratégiques et de renforcer la concurrence afin de favoriser un modèle de croissance davantage tiré par le secteur privé. Le maintien d’un régime de change flexible, la poursuite de la désinflation, l’élargissement de l’assiette fiscale et la mise en œuvre d’une stratégie globale de gestion de la dette figurent parmi les priorités.
Le programme soutenu par la RSF avance parallèlement, notamment dans le domaine climatique. Les autorités ont publié un calendrier de mise en œuvre des objectifs en matière d’énergies renouvelables et adopté une directive obligeant les banques à déclarer leur exposition aux risques liés à la transition climatique.
Malgré ces avancées, le FMI prévient que les risques demeurent élevés, liés aux tensions géopolitiques régionales et au durcissement des conditions financières mondiales, appelant à une poursuite résolue des réformes pour consolider une croissance durable et inclusive.
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